
Derniers
remords avant l'oubli
de
Jean-Luc Lagarce
par la Cie Les Vagabonds
Mise
en scène : Francis Azéma
"Remercions
Francis Azéma de nous avoir convié à une
découverte. Ou re-découverte peut-être…
N'empêche : dans cet étrange univers qu'est le théâtre,
voici qu'il devenait urgent de remettre en pleine lumière une
oeuvre parmi les plus passionnantes de notre temps. Celle de Jean-Luc
Lagarce. Météore disparu à 38 ans, en 1995, cet
immense auteur nous laisse un nombre assez considérable de
pièces, de récits, de pages d'un journal… […]
Le franc succès obtenu par la première pièce, "Derniers remords avant l'oubli", témoigne déjà de la nécessité qu'il y avait à tenter l'aventure. D'autant que, si gageure il y a, elle ne cesse de nous ramener à ce que nous avons la faiblesse de considérer comme l'essentiel. A savoir : un texte, et quel texte ! Des acteurs; tous parfaits, sans exception. Et une mise en scène dont l'élégante simplicité nous invite à une connivence apaisée, que les tumultueuses créations récentes nous avaient un peu fait oublier. Cela dit, "Derniers remords avant l'oubli" est tout le contraire d'une bluette. De l'amère dérision qui émane des rapports plus qu'ambigus entre les couples, à la médiocre et souriante veulerie des retours au fade quotidien, de la mort des illusions à l'âpre égoïsme qui entoure les questions d'argent, cette comédie pessimiste dresse un tableau rien moins que réjouissant de la société des hommes. Le personnage de Lise, l'adolescente, est là pour juger, du haut de sa pureté intacte, le méprisable spectacle d'adultes qui tentent, vainement, de l'intégrer à leur triste monde.
Pourtant, la dérangeante maturité de son regard sur les humains ne fait pas de Jean-Luc Lagarce un homme déjà vieux. Son théâtre est "créateur d'affrontements". Et s'il évite la "fausse insolence", il conserve, "au milieu des défaites", la légère et nécessaire ironie de la victoire". Gilbert Baqué